L’alimentation moderne est trop acide

 

Depuis quelques années, les chercheurs travaillent sur une nouvelle piste qui pourrait expliquer l’essor des maladies « modernes » liées à notre alimentation : l’équilibre acido-basique. Un équilibre indispensable au bon fonctionnement de l’organisme et qui aurait été rompu il y a bien longtemps, avec l’avènement de l’alimentation moderne.

Connaissez-vous l’histoire des oméga-3? C’est l’histoire d’une espèce -Homo sapiens – qui, au fur et à mesure de son évolution, a adopté une alimentation qui ne convenait plus à ses besoins. Il y a 100 000 ans, les chasseurs-cueilleurs que nous étions mangeaient presque autant d’acides gras oméga-3 que d’oméga-6. Un rapport idéal pour notre organisme. Puis l’agriculture et l’élevage sont arrivés. Et l’industrie alimentaire est née. Alors notre alimentation a évolué. Moins de poisson, moins de noix, moins de fruits secs. Donc moins d’oméga-3. Et parallèlement plus de céréales donc plus d’oméga-6. Résultat : d’un rapport oméga-6/oméga-3 de 1/1 nous sommes passés à un rapport de 15/1 ! Avec les conséquences que nous connaissons désormais : mortalité cardiaque, troubles de l’humeur, asthme, maladies inflammatoires. Une bien jolie histoire.

Et connaissez-vous celle de l’équilibre acido-basique ? C’est un peu la même histoire. Le menu de notre Homo sapiens en faisant la part belle aux végétaux lui apportait des minéraux alcalins. Nos assiettes sont aujourd’hui garnies d’aliments acidifiants, agrémentées d’une bonne dose de sel (chlorure de sodium).

 

L’équilibre acido-basique est la tendance naturelle de l’organisme vers l’acidité et la tendance vers l’alcalinité, son contraire. De nos jours, plusieurs conditions favorisent le déplacement de l’équilibre acido-basique de l’organisme vers l’acidité. L’acidose tissulaire place l’individu dans un état de stress permanent, dont les conséquences premières sont la fatigue, le manque d’entrain et les reflux gastriques.

 

Une alimentation trop acidifiante

Premièrement, il est vrai que le corps met absolument tout en œuvre pour que le pH du sang se maintienne à 7,4 (entre 7,36 à 7,44). La moindre variation hors de ces limites implique un désordre pathologique aux conséquences graves: l’acidose ou l’alcalose métabolique. Ces deux conditions mènent tout droit à l’hôpital. Cependant, lorsqu’on affirme que l’acidification est un mythe, on élude la véritable question: Quel est l’effort que doit fournir le corps pour maintenir l’alcalinité du sang? C’est dans cette recherche du mécanisme qu’on comprend l’importance de l’équilibre acido-basique.

Pour fonctionner correctement, notre organisme doit se situer dans une zone de pH équilibrée. Si ce pH est trop bas, donc trop acide, vous souffrez d’une maladie appelée acidose chronique aux conséquences multiples. Quel rapport avec le menu de notre Homo sapiens ? Un rapport très étroit : l’acidité de notre organisme dépend directement de ce que nous mangeons. Les minéraux peuvent être classés en deux catégories selon leur effet sur le pH de l’organisme. Le changement considérable qui a eu lieu dans nos assiettes au cours des 100 000 ans qui nous précèdent a fait pencher la balance d’une consommation de minéraux basiques à une forte consommation de minéraux acides.

 

Le professeur Anthony Sebastian professeur de médecine à l’université de Californie San Francisco a évalué l’indice Pral de l’alimentation de nos ancêtres et l’a comparé à celui de l’alimentation moderne. (1) D’une moyenne de – 88 mEq / jour, soit une alimentation très basique, nous sommes passés à une moyenne de + 48 mEq/jour. Notre société baigne dans l’acidose chronique.

Vous salez vos plats ou vous consommez des plats industriels déjà salés ? Le chlorure du sel vient acidifier votre organisme. Vous mangez de la viande tous les jours ? Les protéines animales vous apportent des acides aminés soufrés. Ce soufre rejoint le chlore pour contribuer à abaisser encore votre pH. Vous délaissez les fruits et légumes ? Dommage, ce sont, avec certaines eaux minérales, les aliments les plus alcalinisant qui soient. Au final, vous ingurgitez plus de minéraux acidifiants que de minéraux alcalins.

Comment mesurer l’acidité de notre organisme ?

Pour connaître le pH de l’organisme, les chercheurs ont commencé par mesurer directement l’acidité de notre urine. Efficace, certes, mais quelque peu contraignant. Alors le Dr Thomas Remer, spécialiste de l’équilibre acide-base au département nutrition et santé de l’Institut de recherche pour la nutrition des enfants à Dortmund en Allemagne, a mis au point un indice permettant d’évaluer l’acidité résultant de l’alimentation directement d’après votre menu. C’est l’indice Pral, pour potential renal acid load en anglais également appelée charge rénale acide potentielle. (1) Cet indice qui se mesure en milliéquivalent (mEq) évalue l’acidité de l’urine – et donc de l’organisme – grâce à la quantité de minéraux acides et de minéraux basiques apportés par notre alimentation. Comme tous les minéraux ne sont pas absorbés de la même façon par notre intestin, l’indice Pral doit tenir compte pour chaque minéral de son coefficient d’absorption intestinal. Cet indice additionne tous les minéraux acides, et soustrait tous les minéraux basiques. Ensuite tout est une question de mathématiques. Si vous consommez plus de minéraux acidifiants que de minéraux basifiants, l’indice Pral est supérieur à zéro : votre alimentation est acidifiante. Dans le cas contraire, l’indice Pral est négatif : votre alimentation est basifiante.

(1) Remer T, Manz F. Potential renal acid load of foods and its influence on urine pH. J Am Diet Assoc. 1995 Jul;95(7):791

 

 

Conséquences de l’acidification

Quelles conséquences pour votre santé ? Les chercheurs continuent à explorer ce lien entre le déséquilibre acido-basique et les maladies modernes. Ils soupçonnent déjà l’acidité de favoriser la fonte musculaire, les calculs rénaux et l’hypertension artérielle. Elle favorise également la perte de magnésium, l’augmentation de l’acide urique (syndrome métabolique & goutte), l’augmentation du poids corporel, l’augmentation du tour de taille (syndrome métabolique) et la réduction de la résistance au stress (niveau de cortisol élevé) / troubles de l’humeur. Elle a également un lien potentiel avec le risque de cancer. Mais surtout c’est désormais une piste très sérieuse pour expliquer l’augmentation de l’ostéoporose (réduction de la masse osseuse). Pourquoi ?

Parce que notre organisme ne peut pas fonctionner dans un environnement trop acide. Si notre alimentation ne lui apporte pas assez d’éléments basiques, il va devoir trouver lui-même un moyen de rétablir l’équilibre. Comment ? En allant chercher les substances basifiantes là où elles se trouvent : dans nos os. Ces derniers contiennent en effet des citrates et des bicarbonates, connus pour leur effet tampon, c’est-à-dire qu’ils diminuent l’acidité de l’organisme pour le ramener dans une zone de fonctionnement normal. Le problème : dans nos os, ces substances se trouvent sous le forme de citrate de calcium ou de bicarbonate de calcium. En puisant ces éléments basifiants, l’organisme « pompe » le calcium de nos os. Résultat : la densité osseuse diminue, les os se fragilisent, c’est l’ostéoporose. Ceci pourrait expliquer pourquoi, dans les études, les personnes qui mangent le plus de protéines animales ont un risque de fracture osseuse plus élevé que les autres.

 

1) Anthony Sebastian, Lynda A Frassetto, Deborah E Sellmeyer, Renée L Merriam, and R Curtis Morris, Jr. Estimation of the net acid load of the diet of ancestral preagricultural Homo sapiens and their hominid ancestors. Am. J. Clinical Nutrition, Dec 2002; 76: 1308 – 1316.

(2) Tucker KL, Hannan MT, Kiel DP. The acid-base hypothesis: diet and bone in the Framingham Osteoporosis Study. Eur J Nutr. 2001 Oct; 40(5):231-7.